La conscience bloguesque aiguisée comme un couteau à steak, j'étais dans les starting-blocks, hier soir, pour collecter les perles de Norbert, la substantifique moelle du Rabelais de Top Chef.

Norbert était bien là, en tout cas son enveloppe corporelle. Il a couru dans tous les sens, battant à 22 reprises le record mondial du sprint en cuisine couverte, poussé des cris de bête blessée (“C’est un lion en cage”, a dit son acolyte Carl, d’un air las), foutu le feu à une marmite, crâmé ses sourcils, éteint le sinistre avec un couvercle de poubelle…

Mais côté rhétorique, rien, queud’, nada… La récolte a été nulle. Pas un gros mot, pas une seule référence scatologique… Aucun morbac à se mettre sous la dent, pas le moindre petit fion à l’horizon… A peine un petit “La cuisine c'est comme l’amour. Faut pas faire beaucoup mais faut faire super bien”, de bon aloi, mais bien fadasse par rapport à d’habitude…

M6 nous a changé notre Norbert. Ou, plus prosaïquement, a revu le montage de l'émission au coupe-coupe pour l’émasculer de la glotte. Pensez, une émission familiale où on entend le mot “burnes”, c’est une offense à la dignité humaine. J’imagine que l’Association des familles chrétiennes a fait part de son juste courroux. J’imagine également – mais c’est parce que j’ai beaucoup d’imagination – que la chaîne a pu penser que Norbert tirait un peu trop la couverture à lui, surtout depuis le départ de Ruben, le chouchou de ces dames. Et qu’il fallait peut-être dispatcher l’attention du spectateur vers d’autres candidats.

D’autant que Norbert, si sympathique soit-il, n’a pas vraiment les épaules d’un vainqueur (sa qualification d’hier doit beaucoup à son binôme belge Carl et à sa capacité à réaliser de joliets desserts avec des émulsions blanchâtres). Or, une fois Norbert parti, l’audience ne risque-t-elle pas de retomber comme un soufflé trop cuit ? Hein, je vous le demande, amis de la gastronomie et du petit écran réunis ? D’où l’intérêt d’orienter davantage le programme vers la compét’ pure et dure (qui, des têtes à claques Jean ou Julien, va l’emporter…) que vers les candidats pittoresques.

Oula, je serais pas en train de virer complotiste de Top Chef, là ? Faut que j’arrête de regarder ce truc, c’est mauvais pour ma santé mentale. Mais pas que… A force de mater des chefs en train de faire de la bouffe hyper appétissante, j’ai passé toute la soirée à carburer aux crackers japonais à la cacahuète… (de l’enseigne néerlandaise Hema. Tu connais pas Hema ? Ach, éloigne-toi avant qu’il ne soit trop tard…)

 

NorbertMetLeFeu

Norbert, maître du feu.