Hier, Top Chef, c'était l'Iliade et l'Odyssée, c'était Antigone…
Hier, Norbert a gagné ses galons de héros de tragédie. Il a dû sacrifier Patrocle – pardon Julien –, son frère de cœur, sur l'autel de la compétition.
Hier, Norbert a pleuré sur son amère victoire.
Hier, Norbert est devenu un mythe.

Dans le prologue, Norbert-Achille avait prévenu : “Je suis en mode guerrier. J'ai l'œil du tigre”. Son destin pouvait s'accomplir.

Dans le premier acte, il a subi le banissement. Lorsqu'il s'est agi de constituer des équipes pour “sublimer le chorizo” (on “sublime” et on “revisite” un max, dans cette émission : le chorizo, le couscous, le haricot de Soissons…), ses pairs l'ont laissé de côté. Norbert a alors connu une phase de colère mortifère, tançant Noémie, désorientée face à ses rougets : “Pourquoi tu lui fais une coupe de cheveux au poisson ? Vas-y, coupe-lui la tête, il est mort !”
Puis ce fut l'abattement, pendant 30 bonnes secondes. Chez Norbert, le désespoir est violent, mais fugace…

Deuxième acte, Norbert connaît son heure de gloire au Zénith d'Amiens. “4500 personnes ! Dès qu'ils vont découvrir Nono, ils vont être au top !” s'enthousiasme-t-il. Grisé, il fait une déclaration d'amour à Larusso (obscure chanteuse des années 90) dans son style lyrique : “Vous aimez bien avoir une ligne assez svelte, alors je vous ai fait un saumon sans matières grasses.” Il se prend un méga rateau. On se demande pourquoi… Mais cela ne diminue en rien son sentiment de toute-puissance. Il se lance à corps perdu dans la “sublimation du maroilles”, parce que “ça [lui] rappelle son mariage avec [sa] femme !” Les sentences de Norbert sont un peu comme les prédictions de Nostradamus : on ne les comprendra que dans mille ans. Et encore, pas sûr…

Plus dure sera la chute… Pour l'ultime épreuve du Zénith, Norbert s'est associé à Julien. Plus que son pote. Son frère d'écumoire, son jumeau de mixeur plongeant. Julien explique qu'ils se sont reconnus tout de suite… Ils viennent du même milieu, ils ont connu les mêmes galères, ont été longtemps de vilains petits canards. C'est beau… Mais, en se choisissant, ils vont aussi se perdre. Car ils ratent leur épreuve en binôme (le saumon de Larusso était trop sec…) et doivent s'affronter dans le troisième acte : l'épreuve de la dernière chance.

Norbert-RaséPour l'occasion, Norbert s'est fait une coupe à l'iroquoise, comme Robert De Niro dans Taxi Driver. On pige pas trop la symbolique mais on sent que c'est important pour lui. Et mieux vaut ne pas trop le contrarier.
Mais Norbert craque. Il crie : “Juju, je t'aime forever !”. Julien s'inquiète : "Qu'est-ce que t'as ?” “Je me branle le cerveau…”, s'autoflagelle Nono. Mais Juju le rappelle à l'ordre : “On n'est pas là pour se rouler des pelles !” (Julien parle couramment le Norbert).

Mais Nono ne se résigne pas à ce duel fratricide. D'autant que l'épreuve de la dernière chance est toute pourrie : il faut revisiter des fruits pour en faire un dessert d'exception. Or, Norbert en a marre de revisiter et puis, il aime pas travailler le sucré : “En soi, le dessert c'est mou du slip !” Ne pouvant se résoudre à porter l'estocade finale, il décide de saboter son banana split en le présentant dans une assiette toute moche ou lieu d'une coupelle tout aussi chelou, mais lui la trouvait super belle ! Il commet donc un suicide de banane à la crème d'avocat. Mais Julien n'est pas en top forme non plus, il fait un truc on-sait-pas-c'est-quoi-mais-on-dirait-vaguement-un-crumble. 

Les jurés, aussi impitoyables qu'une assemblée de dieux grecs, les auraient bien envoyés tous les deux faire du kayak sur le Styx, tellement c'est de l'abus les assiettes toutes nazes qu'ils ont présentées. Mais le règlement de Top Chef n'est pas celui de l'Olympe et ils doivent épargner un candidat. C'est la chantilly d'avocat qui sauve cette crème de Nono. L'enfer sera donc pour Julien.

Norbert s'effondre, la crête en berne. Les larmes coulent sur ses rouflaquettes. Julien, lui, reste digne dans la défaite.

Norbert dit : “Julien part, mais il reste en moi. Et je vais gagner Top Chef pour lui.” Ou un truc comme ça, j'ai pas tout noté à la fin, j'avais une lessive à étendre.

Moi aussi, je t'aime bien Norbert, mais ça m'arrangerait que tu sois éliminé la prochaine fois : je peux quand même pas passer tous mes lundis soirs à regarder Top Chef ! Fais un effort… Et puis, pense à ta légende. Le public adore les perdants magnifiques.

 

Julien&Norbert

Julien réconforte son pote : “T'en fais pas, Norbert, ils vont repousser tes cheveux !”