Elle a fini par advenir. La cinquantaine. Certes, avant il y avait eu la vingtaine, la trentaine et la quarantaine (la dizaine ça compte pour du beurre). Mais c'étaient des marqueurs plus symboliques que réellement porteurs de bouleversements. Alors que 50 ans, pour une femme, c'est un âge charnière. Hormonalement, et donc physiquement et psychiquement.
D'une personne à l'autre, la ménopause est vécue de façon différente. Mais en gros, Mère Nature, cette grosse connasse, a décrété que bon, c'en était fini de la maternité, et que du coup, l'organe créant la fonction, on allait mettre certaines hormones au repos. D'où turbulences diverses et pas hyper funky globalement. "Ton corps change", comme disait l'autre. Et je te passe les bouffées de chaleur et la baisse de libido annoncées. Car, pour l'instant, je n'ai pas encore franchi le Rubicon de la ménopause. Telle Jules César juchée sur des stilettos ou des patins à roulettes – selon les jours –, je me tiens sur la rive, guettant les signes qui vont me pousser à coups de pied au cul de l'autre côté. 

Avant, ça me saoulait d'avoir mes règles. A tel point que, pendant des années, et avec l'accord de ma gynéco, j'ai pris la pilule quasi sans discontinuer. Quand j'ai arrêté ma contraception orale, j'ai recommencé à avoir des sautes d'humeur trois jours avant, des courbatures… entre autres joyeusetés mens(tr)uelles. 

Mais depuis quelques mois, ce cycle ne se renouvelle plus avec cette régularité qui auparavant m'exaspérait. Et je me surprends à attendre mes règles. Il paraît que la ménopause est déclarée quand on n'a pas eu ses règles depuis un an. Donc, à chaque fois qu'elles débarquent, je suis soulagée et je me dis : "Bon, encore un sursis…" 

Tu te diras, qu'est-ce qui lui fait peur là-dedans ? A ton avis ? Tu veux que je te répète tous les effets listés plus haut ? Et que j'en rajoute d'autres encore plus glam ?
Une de mes amies m'a dit : "C'est comme si j'avais pris dix ans d'un coup !" Et elle ne me cache pas qu'elle se sent déprimée. Et j'ai bien pigé que pour elle, c'était plus trop la fête du slip à la maison. J'ai demandé à une autre si cela avait eu un effet sur sa libido : "Pas du tout ! m'a-t-elle répondu. J'aime toujours autant baiser ! Mais bon, j'ai toujours vachement aimé ça…"

Et l'autre question légitime que tu te poses, c'est : "Pourquoi, elle nous raconte tous ces trucs qui ne nous regardent pas. Qu'elle garde ses histoires d'hormones pour elle !"
Ça se défend, mais tu vois, j'en ai marre que la ménopause reste un tabou, limite un gros mot. Je devrais avoir honte d'être une femme de 50 ans ? Je devrais faire semblant que non, non, rien ne va changer, tout, tout va continuer, hey hey !

Alors oui, j'ai la trouille. J'ai peur de m'empâter, de voir mes tendances cyclothymiques s'accentuer, peur d'avoir moins envie d'être dans les bras de mon chéri. J'ai pas envie qu'il se réveille un matin en se disant : "Mince, c'est qui la meuf à côté de moi ? Elle se ressemble plus !"

Ombre