Hier matin, je suis allée inscrire Nausicaa à son nouveau lycée. J'étais à bicyclette, elle à trottinette (que je m'obstine à appeler “patinette” au grand désespoir de mes filles).
Nous avons traversé des quartiers pavillonnaires paisibles sous une amorce de temps estival. Arrivées devant l'établissement, un gros machin moche et tout en longueur datant des années 60, nous avons vu des grappes d'élèves devant les grilles. Et là, avec la fulgurance intellectuelle qui me caractérise, j'ai pensé : “Ah merde, c'est les résultats du bac aujourd'hui !” Comme on était un peu en dehors des dates d'inscription, j'ai eu peur qu'on se fasse jarter.

De fait, il a fallu un peu parlementer, mais on a pu faire les formalités nécessaires. Dans les couloirs, on a croisé du personnel suspicieux, qui préparait l'affichage (et un pot manifestement : l'heure de la délivrance avait bientôt sonné pour eux aussi). Une petite demi-heure plus tard, ma fille était officiellement inscrite en classe de seconde. Tu imagines ? Ma fille au lycée…

Quand nous sommes ressorties, il était 9h55. Les feuilles de résultats étaient sur une table, dans le hall, et il y avait maintenant plusieurs dizaines d'élèves devant les grilles du lycée. Je ne sais pas quelle est la proportion qui consulte les résultats en ligne, mais il en reste manifestement un bon nombre qui préfère découvrir leur nom “en vrai” sur un bout de papier. Je voulais rester pour voir leur réaction en découvrant leur nom parmi les reçus. Nausicaa était mal à l'aise et voulait se barrer. Mais je lui ai dit : “Par les temps qui courent, il n'y a pas tellement de raisons de se réjouir. Et ça va faire du bien de voir des gens heureux !” Et c'est moi qui commande. Donc, nous sommes restées. 

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Et effectivement, ce fut un spectacle éminemment réjouissant. Des cris de joie, plus ou moins aigus. A côté de nous, une jeune fille toute fine avec une queue-de-cheval haute s'est précipitée vers sa mère en s'exclamant : "J'ai la mention, j'ai la mention !"
Un garçon massif, hurlait d'une grosse voix éraillée et incrédule : “J'ai le bac, j'ai le bac, j'ai le bac, j'ai le bac, j'ai le bac !” Sur les joues d'une jeune femme voilée, un peu plus âgée que les lycéens, coulaient des larmes de joie. Et moi-même, j'étais pas loin de verser une petite larme d'émotion. Je me suis retenue pour pas faire honte à ma fille. Emotion en partie due au fait que ça me rappelait mes propres années lycée. Emotion aussi parce que ça me projetait vers l'avenir de mes enfants. Et émotion tout simplement de voir le bonheur de ces jeunes gens. 
Ce bac, qu'on a parlé si souvent de supprimer ou, à tout le moins de réformer en profondeur, reste un jalon essentiel dans la vie des jeunes adultes et de leurs parents. 

En rentrant, on a croisé une petite bande d'élèves qui se rendaient au lycée d'un pas faussement nonchalant. L'un d'eux était au téléphone. D'un ton courroucé, il disait à son interlocuteur : "Mais arrête de tout me spoiler !" Ma fille et moi on s'est regardées en souriant. C'était une bonne matinée.