CHEZ DURAND, ÇA DÎNE ET SARDINE
J'ai été une insomniaque précoce. Comme c'était une époque où la télé diffusait le soir des programmes du style "Les grandes expositions", "Lire, c'est vivre", de Pierre Dumayet, "Le ciné-club" ou "Le cinéma de minuit", j'y ai gagné un intérêt pour la culture. Après l'extinction des feux télévisuels – les émissions s'arrêtaient vers minuit ou 1 heure du matin –, la radio prenait le relais.
Dorénavant, il y a des programmes toute la nuit. Mais aujourd'hui, c'est du style : "La BAC face à l'insécurité dans les quartiers" ou "Prostitution : les nouveaux réseaux" ou encore "Les services d'urgence en alerte toute la nuit". On fourgue des émissions ultra-anxiogènes à des gens qui n'arrivent pas à dormir. Les programmes doivent être sponsorisés par des labos pharmaceutiques.
Il m'arrive encore d'avoir des insomnies. Rarement. Essentiellement quand j'ai plusieurs jours de congé à la suite et que je fais une sieste de plus d'une heure l'aprèm'. J'adore faire la sieste. J'ai beau savoir que ça va niquer ma nuit, je n'y résiste pas. L'appel de la couette, c'est un peu mon chant des sirènes à moi. Mais, du coup, au bout de deux jours, je suis complètement décalée. Si on ajoute une contrariété, même légère, ça fait un cocktail radical pour avoir les yeux ouverts comme des soucoupes volantes à 3 ou 4 heures du matin, malgré un podcast chiant comme la pluie sur la vie amoureuse de Beethoven.
Toutes les conditions étaient réunies la nuit dernière. Et à 4h00, je me suis relevée pour aller mater le petit écran (l'expérience m'a appris que ça sert à rien de se retourner en tout sens dans son lit en appelant le sommeil de ses vœux). J'ai zappé un téléfilm sentimental allemand sur TF1, un reportage sur les interventions musclés de la douane et des clips de R'n'B pourris, pour regarder Rive droite, l'émission de Durand sur Paris Première. Heureuse initiative.
Thème : les faits-divers et la chronique judiciaire, sur le ton du dîner en ville et de l'anecdote. Parmi les convives, l'avocat Pierre-Olivier Le Sur. Il évoque un de ses clients, André Guelfi, dit "Dédé la Sardine", un des protagonistes de l'affaire Elf. Un affairiste richissime et autodidacte, intermédiaire grassement rétribué dans certains contrats que signait la compagnie pétrolière. Le jour de son procès, l'avocat se rend au tribunal avec lui en taxi. Guelfi lui demande à quoi ressemble la salle d'audience. Le Sur lui répond que c'est la première chambre et qu'on dit que c'est ici que Marie-Antoinette a été jugée.
”Qui ça ? interroge Dédé.
– Vous savez, Marie-Antoinette, la femme de Louis XVI !
– Et elle a pris combien ?
– Elle a été guillotinée.
– … C'est pas bon pour nous, ça…”
"J'ai plaidé ça au tribunal. Et ça a fait rire le président… Ça marche toujours. Guelfi risquait 4 ans fermes, il a pris 2 ans avec sursis", conclut Pierre-Olivier Le Sur.
Rien que pour des moments de rigolade comme ça, je me dis que ça vaut la peine d'avoir un sommeil à éclipses.

André Guelfi, aujourd'hui âgé de 93 ans, a débuté dans la pêche à la sardine (d'où son surnom), avant de faire carrière dans le business sportif. Cul et chemise avec Samaranch et le CIO, il s'était constitué un chouette carnet d'adresse et avait pu faire de juteuses affaires avec des gars aussi sympas que le général argentin Videla, les généraux grecs, Boris Eltsine ou des autocrates d'Asie centrale. D'après Bakshish info, c'est le même qui disait dormir avec des tableaux de Mondrian et Pollock planqués sous son lit. Pas par précaution.“Un type qui me devait du fric m’a payé avec ces saloperies, expliquait-il. Je ne pouvais pas voir ça accroché à mon mur. Je les ai rangés sous mon plumard !” Un vrai poète…
LA NUIT DES AMUSÉES
A Paris, des dizaines de lieux étaient ouverts dans le cadre de la Nuit des musées. En proche banlieue, ils étaient plus rares que les neurones dans la tête de la nouvelle ministre du Logement (moins de 22, donc…). Près de chez nous, le seul endroit accessible était le Mastaba, l'ancienne maison du plasticien Jean-Pierre Raynaud (celui des pots de fleurs géants), dont l'architecture est inspirée d'un tombeau égyptien. La ville de la Garenne-Colombes a racheté cette étrange demeure à moitié enterrée (j'imagine la tronche des voisins, dans ce paisible quartier pavillonnaire, quand l'artiste a fait construire ce mausolée en béton), et l'a ouverte au public.
Ce soir, nous étions trois familles à visiter l'endroit. C'était pas franchement la foule de Monumenta. Et pas le même intérêt non plus, c'est vrai. Mais c'était sympa comme tout. On a bien rigolé en imaginant vivre là, dans cet endroit tout blanc, tout géométrique. Et bien rangé ! J'ai pris quelques photos avec les enfants, et tout ce baratin, en fait, c'est juste un prétexte pour te les montrer.




LE GRAND PAS LAID
Une forêt de cercles colorés transparents, de différents diamètres. Des poteaux cubiques noirs et blancs. Des miroirs circulaires. Une coupole transformée en damier bleu…
Aujourd'hui, j'ai vu une très belle chose. Immense, gaie, apaisante, réconfortante, émouvante, spirituelle. La nef du Grand-Palais transformée en cathédrale géométrique et colorée. Chaque pas, chaque mouvement, chaque regard en changent la perspective.
Chaque année, ce lieu est livré à la créativité d'un grand plasticien contemporain. L'année dernière, le type recruté avait transformé la verrière en utérus géant (la documentation officielle parlait de "matrice", ça fait moins organique). Mouais.
Cette année, c'est Buren l'artiste invité. Le Buren des colonnes du Palais-Royal, si souvent décrié. Et c'est juste magnifique. Il y aura forcément des gens pour dire : "Ouais, c'est facile!" Je sais, j'en ai entendu. Quand tu vois la richesse et la précision du dispositif, la qualité de la réalisation, la multiplicité des découvertes qui s'offrent au visiteur, tu te dis que ces grincheux sont pas très bons en français. Ils confondent "facile" et "évident".






